La Junowhale sème la panique dans l’écosystème Cosmos ! La décentralisation mise en pratique

Alors que la zone Juno devenait peu à peu une des stars de l’écosystème Cosmos, un drame agite sa communauté depuis quelques semaines. Une whale a profité du système des airdrops pour devenir un des maîtres de Juno de par le nombre de tokens en sa possession. Entre contournement de la règle du fairdrop et rumeur d’arnaques, la communauté se divise: faut-il retirer ses Juno à cette whale ? Ou au contraire laisser son wallet tel qu’il est pour respecter le principe “Code is law” ?

  • Le fairdrop victime d’une Whale
  • De la proposition 4 à la proposition 16: la communauté Juno se déchire
  • Qui est la JunoWhale ?
  • Quelques réflexions sur la décentralisation ?

Tout le monde connaît le principes des airdrops dans l’écosystème Cosmos. Tacitement, chaque nouveau projet récompense ceux qui ont investi dans l’écosystème en leur distribuant une partie de leurs tokens. En général les règles sont toujours les mêmes: staker de l’ATOM, de l’OSMO, participer aux votes de gouvernance, ou mettre de la liquidité sur Osmosis. Pour éviter que certaines whales monopolisent cette distribution, le fairdrop limite le plus souvent à 50000 le nombre d’ATOM pris en compte.

Lorsque la zone Juno a été lancée, l’équipe voulait que ce nouveau membre de l’écosystème Cosmos soit dirigé par la communauté et a donc fait à son tour un fairdrop. Cela n’était que le premier d’une longue série. En effet, Juno fait partie des rares zones de Cosmos à permettre les smart contracts après Secret Network et avant Evmos. Utilisant CosmWasm pour les smart contracts, Juno permet donc de créer des tokens avec la norme CW20. Ainsi, chaque projet déployant un token a commencé aussi à faire un aidrop, ce qui a créé une hype autour de cette zone et de son DEX JunoSwap.

 Malheureusement, la fête s’est vite terminée. Un important holder d’ATOM a contourné cette règles en dispersant ces ATOM entre plusieurs dizaines de wallets. L’anonymat des wallets permet en effet d’avoir plusieurs wallets pour une même personne. Résultat, cette whale possède plus de 10 % des tokens JUNO en circulation, ce qui lui donne un pouvoir de vote considérable. En un sens, elle est la personne la plus puissante de Juno après l’équipe des développeurs. Cette importance n’a pas été immédiatement visible. Il a fallu attendre pour cela que cette whale se décide à réunir tous ses fonds sur un seul wallet. La panique s’est alors installée car vu le nombre de JUNO que cette whale possède, elle risque de compromettre le prix de cette monnaie et d’enlever toute la liquidité sur les échanges décentralisés si elle se décidait à vendre tout son capital.

L’arrivée de cette whale a été le début du drame pour la communauté Juno et la communauté Cosmos toute entière? Faut-il laisser faire cette whale en considérant que ce qu’elle a fait est légal, même si ce n’est pas “moral” ? Ou faut-il lui enlever ce qu’elle a reçu en airdrop en considérant que la règle des 50000 ATOM doit être interprétée non seulement par wallet mais par personne. Une première proposition a été faite en octobre, la proposition 4, pour lui enlever 90 % de ses JUNO. La proposition a été rejetée mais elle a été le point de départ des tensions au sein de la communauté. En effet, on peut considérer que cette whale a “joué” avec les règles en les contournant.

Cependant, le débat s’est aussi déplacé sur l’identité de cette whale. Des rumeurs ont affirmé qu’il s’agit d’un validateur qui a arnaqué ceux qui ont délégué chez lui en ne redistribuant pas les airdrops des différents projets. Ces rumeurs ont enflé d’autant plus que le snapchot pour l’airdrop de JUNO a été fait très longtemps avant la distribution et sa stratégie laisse penser qu’elle connaissait à l’avance les critères pour l’airdrop. Puisque ce conflit de principes entre deux modes de gouvernance est devenu un conflit qui porte sur l’image de cette whale, celle-ci est rentrée dans le “game” en créant son propre twitter. Elle veut montrer qu’elle est une bonne personne et qu’elle veut utiliser ses JUNO pour des orphelins.

Puisqu’on peut suivre ses ventes régulières de récompenses de staking, elle a posté un tweet indiquant qu’elle vend certains de ses JUNO pour distribuer ses gains pour des œuvres de charité. En fait, ses tweets alternent entre démonstration de gentillesse et moments d’ironie sur ceux qui le critiquent alors qu’ils ont tout fait pour avoir le maximum de récompenses pour l’airdrop de EVMOS.

Le ton a changé quand l’identité de la whale a été révélée. En fait, c’est le validateur GAME qui devrait lancer sa propre zone dans quelques semaines qui a lui-même annoncé qu’il était la whale. GAME est une plateforme de jeu qui propose un Gaming SDK pour permettre aux développeurs de construire plus facilement leur projet. Ce validateur important d’Atom a donc en effet volé les airdrops de ces délégateurs. De plus, GAME a menacé de vendre tous ses ATOM et JUNO, risquant ainsi de faire chuter le prix de ces cryptomonnaies.

La proposition 16 a alors été ouverte pour lui retirer ses Juno. Se sentant acculé, GAME a proposé de redistribuer l’airdrop. Cette proposition 16 est plus modérée que la 4 puisqu’elle propose de lui laisser 50000 Juno et de redistribuer le reste aux autres validateurs. Selon l’équipe de Juno qui est à son origine, elle n’est pas simplement faite pour punir GAME mais aussi soit-disant pour protéger la communauté et ses investissements. Cependant elle a de nouveau secoué la communauté. Derrière cette tension, il y a le spectre du hardfork de Ethereum après le hack de la blockchain. Les puristes qui n’ont pas voulu changer la blockchain ont continué sous l’appellation Ethereum Classic, ceux qui ont décidé de revenir en arrière pour effacer le hack ont gardé le nom Ethereum. Le marché a donné raison aux seconds. Ici pas de hardfork de la blockchain à craindre. Mais une décision qui laissera des traces dans la communauté.

La proposition 16 est un compromis par rapport à la proposition 4 suite aux discussions avec la communauté. Il ne s’agit plus d’enlever 90% de ses JUNO mais de lui laisser 50000 Juno pour ne prendre en compte rétroactivement qu’un wallet pour calculer son airdrop et donner le reste à une pool communautaire. Même si cette proposition vient d’être acceptée, la core Team 1 qui l’avait faite propose à la place une proposition 17 plus radicale en proposant de brûler tous les JUNO que la whale a reçu. L’histoire ne semble donc pas encore toucher à sa fin….

Au-delà du cas Juno et Cosmos, ce drame montre les enjeux qui se cachent derrière le web3 et la décentralisation. Les partisans du principe “The code is law” considèrent que les blockchains et les smart contracts ont pour vocation d’ éliminer tout tiers de confiance. Si un individu arrive à utiliser le code en sa faveur, on ne peut s’opposer à son geste. Au contraire, ceux qui veulent enlever les Juno de GAME veulent donner la primauté à la gouvernance de la communauté. Elle peut donc changer le code si elle décide que c’est préférable. Les deux camps ont évidemment des arguments solides. Le premier considère que le code est le vrai protecteur de la décentralisation. Les règles sont connues à l’avance et immuables. Si on se donne le droit de changer le code, alors l’individu, et son wallet, est à la merci des décisions de la communauté. De plus, si une institution s’empare du pouvoir de vote ou contraint les développeurs, rien ne peut nous protéger. Au contraire, le second camp considère que les changements de code font partie de l’histoire des blockchains. Sans eux, pas d’upgrade et nous serions restés au code du bitcoin initial.  Cependant, on voit aussi que la décentralisation entraîne un surcroît de responsabilité. Lors de la proposition 16, il y a eu 98% de votants. Cependant, lors des autres votes on tombe autour de 70/75% de votants. Si on regarde les votes de gouvernance des zones qui ne sont pas des conditions pour être éligible aux airdrops, il n’y a qu’un peu plus d’un tiers de votants et on pourrait trouver des chiffres encore plus bas dans certaines DAO. Cela signifie qu’en réalité peu de personnes s’intéressent vraiment à la décentralisation. On dit souvent que la décentralisation, le web3 et les DAO sont l’avenir. Mais ce constat montre aussi que beaucoup de personnes préfèrent finalement le fonctionnement du web2 dans lequel des institutions décident de notre place des orientations du système.

Dans ce marché plus que morose, les remous provoqué par la Junowhale ont au moins le mérite de montrer que l’écosystème Cosmos n’a rien perdu de son dynamisme. Entre l’attente de la sortie d’Evmos, la sortie de LegendDAO sur Secret Network et les différents airdrops, ce drame n’est qu’un épisode de plus qui sera sans doute vite oublié. Il laissera cependant un souvenir amer et a montré le chemin qu’il reste à faire dans l’apprentissage de la décentralisation. Si on ne veut pas que le web3 ne soit qu’un web2 déguisé, il faudra apprendre clarifier les positions de chacun sur le sens de la décentralisation.

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