La DeFi contre le farming ! (que penser de la sortie du DEX Lifinity ?)

Pour une fois je me lance dans un titre racoleur. Depuis deux ans, difficile de séparer finance décentralisée et farming puisque c’est principalement par ce biais que sont récompensés ceux qui apportent de la liquidité dans les AMM (Automated Market Maker). Le but de cet article est de montrer que nous sommes sans doute dans une phase de transition. La mise en avant des plateformes de lending depuis quelques mois et qui sont utilisés par les experts de la DeFi pour faire leur fameuse boucle permet en effet de comprendre les véritables enjeux de la finance décentralisée (et qui ne se résument pas à ces boucles!)

  • L’apport de la liquidité, l’alpha et l’oméga des DEX
  • Que faut-il faire des tokens rewards ?
  • Réflexion sur les plateformes de lending
  • Séparer l’esprit de la finance décentralisée et sa mise en oeuvre technique

L’apport de la liquidité, l’alpha et l’oméga des DEX

Beaucoup d’utilisateurs des cryptomonnaies rejettent les plateformes d’échange centralisées et préfèrent avoir le contrôle complet de leur wallet. Pourtant, peu ont conscience des conséquences de ce choix. Sans échanges centralisés, il ne reste plus que les DEX, les protocoles d’échanges décentralisés, pour échanger des tokens. Cependant, leur existence dépend de la participation du plus grand nombre et c’est en cela que réside leur décentralisation. En effet, les DEX ne peuvent fonctionner s’il n’y a pas de liquidity provider, c’est-à-dire des fournisseurs de liquidité. La notion de décentralisation introduit en effet l’idée que ce n’est pas uniquement le DEX lui-même qui fournit la liquidité mais que tout le monde peut le faire. Le problème est d’inciter ceux qui possèdent des tokens à les déposer dans ces pools de liquidités. Non seulement, cela rend indisponible cette liquidité, même si on peut la récupérer à tout instant.  Mais en plus, tout utilisateur de la DeFi sait que cela le rend vulnérable à l’impermanent loss. Cette perte survient lorsque la variation des prix des deux tokens dans une pool (par ex l’ETH et le BNB) ne varient pas dans la même proportion.  Même si les fournisseurs de liquidité récupèrent une partie des frais de transactions, cela n’est pas pas suffisant pour compenser le risque de l’impermanent loss.

Le farming, une solution temporaire ?

Le farming est donc là pour inciter les utilisateurs à fournir de la liquidité en compensant ce risque. C’est ce qui explique les différences de taux de farming entre des pools liées à des tokens “risqués” et celles liées à des stablecoins par exemple. Cependant, ces récompenses incitatives se sont le plus souvent en tokens rewards qui sont les tokens de ces DEX (le CAKE pour PancakeSwap par exemple). Or, on sait de plus en plus que ces tokens voient leur cours décliner peu à peu, justement parce qu’ils sont distribués « gratuitement » aux fournisseurs de liquidités. Les protocoles peuvent cependant utiliser leurs revenus pour racheter ces Tokens et les brûler afin de soutenir leur prix. Ils essaient aussi de leur donner des fonctions supplémentaires mais cela a peu de résultat sur le long terme. On comprend alors pourquoi des otpimizer comme Beefy Finance et Autofarm ont autant de succès. En revendant régulièrement les tokens rewards à notre place pour augmenter notre pool de liquidité, ils court-circuitent cet intermédiaire considéré de plus en plus comme inutile.

Le lending, le vrai esprit de la finance décentralisée ?

Finalement c’est du côté des protocoles de lending qu’il faut aller voir pour comprendre la nouveauté impliquée par la finance décentralisée. Ces protocoles dont le plus célèbre est Aave permettent d’emprunter des cryptomonnaies si on en dépose d’autres en collatéral. Par exemple, si on a besoin momentanément de stablecoins mais qu’on ne veut pas vendre ses ETH pour en avoir, il est possible de déposer ces derniers pour emprunter les stablecoins. Sans qu’on s’en rende compte, ces protocoles inaugurent un nouveau paradigme. Dans un établissement bancaire, le prêt ne dépend pas que de votre capital. Plus la somme empruntée est grande, plus l’établissement peut demander des renseignements pour évaluer votre profil bancaire. Votre passif peut aussi vous interdire de faire d’autres prêts même si vous disposez d’un capital suffisant pour rembourser. Ici toutes ses considérations sont inexistantes. Tant que vous disposez d’un collatéral suffisant, le protocole ne cherche pas de renseignement sur celui qui emprunte. Cela a une contrepartie, car si un établissement bancaire considère qu’un client est sérieux, il peut accepter le prêt même si cela représente un petit risque pour la banque. L’élimination du tiers de confiance grâce au smart-contract élimine aussi la part de confiance qui peut être nécessaire dans certaines relations économiques.

Les DEX nouvelles générations

On peut donc revenir au problèmes des DEX: la mise à disposition de la liquidité. Si les tokens rewards ne sont qu’une course sans fin (puisque leur prix est fatalement amené à chuter au fur et à mesure de leur distribution), il faut penser à d’autres fonctionnement pour ces tokens. Mais comme pour les plateformes de lending, il faut comprendre que le principe même de la finance décentralisée est qu’il n’y a pas une institution centrale qui fournit les fonds pour les transactions. Il est donc nécessaire de trouver une équation dans laquelle le protocole et les fournisseurs de liquidité sont gagnants tout en maintenant des frais de transactions les plus petits possibles. Parmi les nouveaux protocoles qui apparaissent on peut en citer deux qui proposent des solutions différentes. Le nouveau DEX Solidly de André Cronje qui utilise le système des veToken mis en place par Curve. Les veToken sont des tokens lockés qui donnent droit à un certain nombres d’avantages sur les protocoles. Solidly distribue l’intégralité des frais de swap en farming de son token Solid et en boost à ceux qui lockent leur Solid. Néanmoins, la distribution du token étant prévue sur très peu de semaines, il faudra observer l’évolution du protocole car les frais de swap reviendront intégralement à ceux qui les lockent pour le boost. Sur la blockchain Solana, Lifinity propose un AMM couplé à un oracle. En étant sur la blockchain Solana cet oracle est si rapide qu’il permet d’optimiser l’utilisation de la pool de liquidité pour proposer le meilleur prix sur les deux tokens de chaque paire. Lifinity est d’ailleurs tellement sûr de la performance de sa solution qu’il propose un aggrégateur sur son propre site afin qu’on puisse comparer son outil à d’autres AMM. De plus, l’optimisation de la pool de liquidité permet aux liquidity providers d’échapper à l’impermanent loss et même d’être gagnants. De plus, au lieu de distribuer leur token aux liquidity provider, ils se proposent de le vendre afin d’acheter la liquidité, les frais de swap étant distribués à ceux qui holdent ce token de  gouvernance et acceptent de le bloquer, puisque Lifinity utilise aussi le système de veToken. Ces deux protocoles sont sans doute l’avenir des échanges décentralisés en proposant une nouvelle forme de distribution des revenues.

Le farming classique est-il voué à disparaître ? En fait, on s’aperçoit qu’il se déplace peu à peu vers le gaming et les métavers. En fait, l’essai de cette technologie de distribution de tokens dans les AMM a permis de tester son efficience. Il peut maintenant être utilisé pour récompenser d’autres formes d’activités (play-to-earn, watch-to-earn…). On voit donc une scission progressive entre la DeFi qui transforme peu à peu ses mécanismes de gestion de la liquidité et de distributions des gains et le farming qui va peu à peu vers le GameFi, MetaFi etc…

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